LA CHASSE A LA PALOMBE

 

     Dans le pays d'Orion, sur les versants nord des Pyrénées, il est une chasse très particulière spéciale à cette région où elle est depuis toujours la plus populaire: "la chasse à la Palombe."

     Pigeons sauvages, bisets ou ramiers, les palombes arrivées en février et mars, ayant passé le printemps et l’été dans les bois, repartent à l'automne et reprennent la route vers le sud, traversant les Pyrénées,

     En Labourd, Basse Navarre, Soule,Béarn , Bigorre,tout le pays bordant les Pyrénées est coupé par un grand nombre de vallées qui aboutissent à quelques cols ou ports praticables pour franchir la chaîne vers l'Espagne.

C'est là que viennent passer les grands vols de palombes vers le sud depuis Notre-Dame de Septembre(10 Septembre) jusqu'à la Saint-Martin (11 Novembre), parfois jusqu'au 20 Novembre.

(60% des passages ont lieu entre Saint Luc (15 Octobre) ou Saint Grath (19 Octobre) et le 31 Octobre)

     La chasse ne peut se faire que dans certaines gorges, toutes ne sont pas propices. Il faut que se trouve un espace plan de 80 x 80 pas, en pente, dite "fonte", pour que puisse être établie une palombière.

Les arbres, existant naturellement ou plantés spécialement, vont servir ainsi:   L'un, le plus au sud, dit l 'aiguilion, est précédé au nord d'un ou plusieurs groupes de deux, séparés et distants de 4 à 5 toises. Cela autant que le permet l'étendue de la gorge. Sur des chaînes de fils de fer placés en haut des arbres, des filets, dits "pantières", sont tendus suivant une inclinaison de toit, avec à la partie supérieure des pierres de 18 à 15 Kg attachées à des poulies.

    Les arbres placés devant  cachant les filets, sont ébranchés sur une hauteur de 12 à 15 pieds de la terre pour laisser le passage 1ibre.

                                     Pantiere-deb4a

 

     Quelles sont les principales gorges où s'est pratiqué et où sur certaines se pratique encore la chasse à la palombe?

 

     De l'ouest à l'est nous avons:

  • Dans la région de Sare, au pied de la montagne Rhune :

- Les cols de Lizurraga et de Lizurrieta,

- Le hameau de la Palombière.

  • Dans la vallée des Aldudes dominant Roncevaux :

le co1 d' Ibaneta 

  • A St-Martin de Lantabar:

- le col des Palombières

  • Dominant la Bidouze, à Musculdi:

- les cols d'Osquich et de Napate

  • Dans la vallée du Laurhibar et les communes de Lucumberry,  Mendive et Behorlegur :

- les cols de Laharagugt,  d'Holtza, de Burdincuratché,  de Burlidoy, d'Aphauze

  • A Etchebar et Larrau :

-1es cols d' Orgambidesha, de Errajmendi, le port de Larrau

  • A Lannes :

- le col de Lohurdes, le pas de Gui Ihers

 

 

     Propriétés des communes, les postes de chasse donnent lieu à adjudication, plusieurs mois à l'avance.

 

 

    Quand arrive l' automne, le pays est tout entier fébrile mis sur pied de guerre. Il n'y a plus qui compte que les palombes.

 

     La chasse nécessite une stratégie bien établie; elle se déroule de la façon suivante:

Placés plusieurs kilomètres en avant de la pantière, des guetteurs signalent l'arrivée d'un vol de palombes, à grands sons de cornets de bouquetins.

Le long de la gorge, perchés sur les arbres environnants et cachés dans des cabanes ou tourelles de pierre sèches, des rabateurs (chatarlis), poussant des cris gutturaux et agitant de grands 1inges blancs, canalisent les oiseaux, dans l'étroite vallée vers la pantière.

     Le plus redoutable et féroce ennemi des palombes, l'épervier (apalatza), plus petit et plus rapide pour attaquer sa proie, utilise une technique: piquant d'abord vers la vallée, il remonte ensuite en chandelle par dessous pour frapper brutalement de bas en haut.

Les Basques et Béarnais ont imaginé un épervier artificiel, appelé le "matou ", sorte de palette ou raquette de bois que les lanceurs (abatares) placés à l'endroit exact voulu vont propulser à la fraction de seconde près.

En réflexe de défense, les palombes effrayées, piquent pour franchir le col en rase-motte, et fonçant à plus de 100 à 1'heure, s'engouffrent aveuglément dans les filets que les lâcheurs (sazerains) abattent sur elles juste à temps, leur évitant de se briser les membres, pour les capturer vivantes.