LA CHASSE AU RENARD

 

     Les meutes des princes de Béarn, celles de Gaston Phoebus, celles     d'Henri IV, ont certainement toujours traqué le renard en pays de Pau. Il n'existe, en effet, pas de pays au monde comme les environs de Pau qui se prête mieux à la chasse à courre au renard. Elle y est sans rivale en Europe, même en Grande-Bretagne et en Irlande .

    De part et d'autre de Pau, étendues d' Est en Ouest sur plus de 50 Km , les landes de Pont Long relient les landes du plateau de Ger aux landes de Chalosse.Elles se prolongent au nord jusqu'à Surive et Claracq et au sud poussent vers Cloron, Nay et Pontacq et de Barzun vers Lourdes.

Traversées par les anciens chemins saliers et les parcours des troupeaux de la préhistoire, laissées en friche jusqu'à nos jours, parsemées de nombreux tumuli appelés puyos, elles constituaient un immense cimetière des ages du bronze et du fer.

 

     Aujourd'hui, pour la culture du maïs, toute préhistoire est passée aux bulldozers. Déjà, 1e Grand Puyoo de Pau servait de champs de tir pour l'armée.

Tous 1es tumuli de: Lescur ,, Idron ,Ibizanos,Riupeyron, Bourlah, ont été foui1lés et détruits.

 

     Mais les grande landes en friche ont, pendant un siècle de 1840 à 1939, retenti du cor de chasse, le"hunting horn" des équipages du noble sport anglais de la chasse au renard.

C'est à la suite du séjour à Orthez du duc de Wel1ington, qui vainqueur du Maréchal Soult en 1814, y avait établi ses quartiers,que par ses officiers, les Anglais eurent connaissance des superbes territoires de chasse des landes béarnaises dans leur splendide décor des monts pyrénéens et en firent , les englobant et s'étendant en pourtour jusqu'à quelque fois dix mi1les au delà, "Leicestershire en France", en référence à la plus belle contrée de chasse à courre ang1aise: le comté de Leicester .

     A ce sujet, il est curieux de remarquer que le personnage le plus tristement célèbre au nord des Pyrénées, pour chasseur et exterminateur des cathares au 13ème siècle, fut Simon IV Montfort, comte de Leicester, fils de Simon III de Montfort, comte d'Evreux et d'Amicie de Beaumont, comtesse de Leicester.

Son fils Simon V de Montfort, comte de Leicester, surnommé le "Catilina anglais", avait épousé Eléonor, comtesse de Pembroke, soeur d'Henri III, roi d'Angleterre.

Sénéchal et lieutenant général de celui-ci, en Gascogne, il dut faire face à une révolte. Ayant battu et fait prisonnier Gaston VIII de Moncade, qui avec ses Béarnais s'était mis à la tête des séditieux, il s'empara du Béarn.

 

 

 

    C'est un pays béni pour le renard. Lui constituant un bon abri, l'ajonc est son "chez soi" et il s'y fait ses chemins et ses terriers. Les terres à touya, que les chasseurs dénomment remises à renards, sont pour ceux-ci parfois, de véritables forteresses.

     Riche en gibier, il fallait aussi que ce pays fut apte à la chasse. Plaines et coteaux, sols variés, quelquefois peu d'obstacles, la région se prête parfaitement à organiser la chasse pour tous les goûts.

    Bois escarpés, petites collines, vallées à ravins, pentes raides, partie pâturages, partie cultures, sol moelleux qui se prête à l'excitation des chevaux sans crainte pour leurs jambes, c'est un terrain idéal pour cavaliers aimant à galoper sur obstacles divers et variés. Rigoles, fossés, talus, belles barrières, petits cours d'eau, sont autant de difficultés et de plaisirs pour les chiens et pour les chasseurs, avec la griserie de la vitesse.

     La présence dans l'air de la forte odeur laissée sur son passage par le renard poursuivi, c'est "le sentiment. " Subsistant quelques minutes, il attire la fougue des chiens et forme une ligne invisible qui permet à la meute de suivre sa trace. La position du sentiment au-dessus du sol dépend, des circonstances atmosphériques, à hauteur de poitrine ou un peu plus haut, les chiens tête en l'air et arrière-train au sol, vont alors très vite.

 

     A I'époque de Sir Oxenden, les équipages sortaient quatre fois par semaine chasser les renards sauvages qui étaient très nombreux. Mais en peu d'années vint leur raréfaction, il fallut alors avoir recours à la prise de renards sur la longue chaîne des coteaux au pied des Pyrénées. Conservés en chenil pour être lâchés sur les lieux de chasse, ils y étaient amenés en sacs et dits pour cela "bagged regnards".

     Puis vint une période où la poursuite du renard sauvage ou captif lâché dut être réduite à une fois par semaine, les chiens n'arrivant qu'avec peine à en trouver. La vraie chasse au renard se trouve terminée.

 

     Le sport passa alors à la phase du "drag" qui supprime la recherche de l'animal. Un homme connaissant bien le pays part trois quart d'heure avant les chiens. Par une corde de deux à trois mètres attachée à la ceinture, il traîne (drag) un paquet du fumier sur lequel ont couché les renards, et dont l'odeur est ravivée par quelques gouttes d'essence d'anis. Il fait ainsi un parcours d'environ 8 km, marqué de quelques arrêts.

Au début en bout de drag, on lâchait parfois un renard captif.

 

     Aujourd'hui, les beaux équipages, habits rouges, cols verts, gilets pai1le, pour la chasse, habits tout verts, pour le drag, culottes blanches, bottes revers, ne subsistent encore que comme particularités touristiques curieuses du folklore local.